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vendredi 6 avril 2018

La traque des lanceurs d’alerte de Stéphanie Gibaud



Résumé de l'éditeur : 

Les lanceurs d’alerte défrayent l’actualité depuis une dizaine d’années. Edward Snowden, Chelsea Manning et Julian Assange sont révélateurs des méthodes utilisées pour faire craquer ceux qui ont le courage de parler des dysfonctionnements et des dérives de notre société.

Pourtant, ces héros sont devenus des parias. Leur vie est un enfer. Snowden est réfugié en Russie, Assange dans une ambassade, Manning était en prison, Stéphanie Gibaud et bien d’autres sont dans une situation précaire, attaqués dans des procès sans fin et lâchés par les Etats.

À travers des exemples concrets en France et à l’étranger, l’auteur détaille la vie d’une cinquantaine de lanceurs d’alerte et les raisons pour lesquelles les États, hommes et femmes politiques, l’institution judiciaire, l’Europe et les entreprises veulent leur peau.

Préface de Julian Assange



Ma critique :

Ce livre présente un état des lieux de la position dans laquelle sont mis les lanceurs d'alerte dans le monde occidental, avec des propositions assez concrètes sur comment changer des choses et aussi "bien évidemment" la promotion du fait de dénoncer des pratiques non-éthiques.

Le tout est très intéressant, assez instructif et très bien documenté, citant de nombreuses sources. L'auteur réussit bien à parler avec objectivité de la situation générale, à présenter la sienne propre avec une dose très acceptable de fausse modestie et celle de gens qu'elle connait personnellement avec émotions mais sans sentimentalisme déplacé en dehors de ce qui est pertinent pour ce qu'elle expose.

Le ton est clair mais pas particulièrement littéraire. Il y a des répétition - nécessaires à tout manifeste ? - pas si lourdes que ça mais qui renforce le peu "divertissant" de cette lecture. C'est aussi un livre ancré dans l'actualité qui doit être lu "maintenant", à quelques années près.

A la fin de chaque chapitre thématique une liste de propositions-clés d'amélioration est proposé, le tout sur un ton politique très modéré. Pour moi il n'y en a qu'une qui m'a semblé peu judicieuse (sur les micro-dons en caisse de magasin en arrondissant les montants : quand on dénonce l'entre-soi des puissants et les associations partenaires sont choisies par ceux-ci, je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur moyen de lutter pour la transparence et contre la corruption...). Les différentes structures de soutien existantes sont également bien présentées et le livre incite sainement à une attitude citoyenne.

La "neutralité" politique est importante, et l'argumentation repose sur des valeurs communes qui ne sont jamais discutées. Il s'agit effectivement de valeurs que je partage largement, et si la tiédeur politique ne me convient pas tout à fait elle permet sans aucun doute une exposition sereine de la réalité. Pour ma part, j'ai tout de même eu l'impression que la dénonciation des magouilles et de l'entre-soi des puissants comme une grande découverte de quelque chose que l'on imaginait pas aussi "sale" assez naïf, mais bon, si ça permet de mettre le nez dedans...

Le sujet mérite d'être mieux connu, et le livre me l'a permis. C'est clairement une lecture "utile", pour soi et les autres !

mercredi 28 février 2018

Suzanne et l'influence de Frédérique Cosnier



La fiche du livre sur le site de l'éditeur, la clé à molette et sur Babelio.

Ma critique :

Ce roman un monologue halluciné d'une femme "folle" qui nous raconte quelques jours épiques de sa vie.

L'ambiance est très bien posée, le style s'y accorde parfaitement. Le roman est étrange et intéressant, son intérêt est littéraire plutôt que narratif.

Car s'il se passe des choses, pas pas des moindres, l'originalité est dans la vision délirante de l'héroïne. Elle est décalée de la réalité, dans son monde en même tant que le notre. On suit ses rêves éveillés, incertain de ce qu'il se produit vraiment, happé dans son manque de lucidité et pourtant toujours ancré dans le monde réel et ses problématiques.

J'ai aimé à quel point l'auteur à su décrire la folie du personnage. Les idées ne sont pas vraiment fausses, les échelles de réalités et de leurs importances floues.

Le style est formidable, ce qui en fait une très bonne découverte ! Il est également un peu indigeste peut-être, pas étonnant vu l'exercice, mais comme le roman est très court je n'ai même pas eu le temps d'en souffrir. À mon avis, il vaut mieux éviter d'entrecouper cette lecture par d'autres pour ne pas trop sortir de l'ambiance créée. Assurément un très bon livre pour qui aime le genre. Pour ma part j'aimerais lire plus souvent des textes aussi originaux !

Apparemment, le livre est inspiré du film Une femme sous influence de John Cassavetes. Je ne l'ai pas vu et n'ai pas ressenti de manque à cette lecture, qui se suffit en elle-même.

Ma note : 4/5

Un extrait :
Je ne sais pas du tout pourquoi le type a eu ce comportement incroyable derrière moi. Ce que j'avais bien pu faire qui ne lui plaisait pas. Peut-être que le feu n'était pas vraiment rouge quand je me suis arrêtée, ou rouge clair, peut-être qu'il avait envie que je passe quand même, entre l'orangité et le carmin ciel. Il considérait que j'avais le temps d'y aller et de m'engager devant en plein milieu du carrefour, au risque d'y laisser ma peau, comme une vraie guerrière, une amazone du bitume mais décidément, les femmes au volant, etc. J'ai entendu sa voix autour de ma tête. Son jugement sur ma vie entière, l'instabilité de mon axe, mes changements de cap. Une voix vulgaire et très générale. Les gens ne connaissent rien à votre tournure, à votre expression, mais voilà ils ont attrapé un geste au vol, un geste vu de loin, et ils pensent vous lire dans ce geste unique. Et lorsqu'ils sont soumis à un de vos gestes, accélérer ou ralentir à un carrefour, lorsqu'ils sont inclus dans votre décision sans l'avoir voulu, le sort les accable à travers vous et ils voudraient vous éliminer. Cependant le meurtre ne s'accomplira que par cette main appuyée sur le centre du volant ou sur la petite manette latérale. Le besoin d'anéantissement s'assouvira dans un Tüüt de mouette enrouée. Ça cerne les villes aux croisements en tous genres comme dans un ultime réseau de boyaux, pétaradant dans la douleur.

mardi 6 février 2018

Nos souvenirs sont des fragments de rêves de Kjell Westö


Descriptif éditeur :

«La première fois où j’ai fait l’amour avec Stella, j’ai su que je ne pourrai jamais plus vivre sans : elle passera toujours avant les convenances, la carrière, avant même la morale. »


Helsinki, années 1970. Stella, Alex et leurs amis sont remplis d’ambitions et de hautes espérances. Dans la fougue de l’adolescence, ils font les quatre cent coups. Mais une passion dévorante vient troubler leur insouciance, et arrive le temps de l’âge adulte et des compromis. Mais oublie-t-on jamais son amour de jeunesse?
Porté sur cinquante ans par un souffle irrésistible, ce roman est le portrait sensible d’un amour destructeur et de l’éveil au monde de toute une génération. Au sommet de son écriture, Kjell Westö tire avec brio les fils du destin et nous offre l’égal scandinave de Bienvenue au club de Jonathan Coe et des Intéressants de Meg Wolitzer.


Ma critique : 

Le cœur du livre - l'histoire d'amour moderne et pas à l'eau de rose - est bon, voir très bon. Pendant une grosse centaine de pages, l'auteur sait nous happer dans l'univers de son héros, avec une grande subtilité humaine sans donner dans le cliché. Mais voila, le livre compte plus de 400 pages supplémentaires.


Toute la vie du héros est racontée avec grande précision, donnant un style que j'ai trouvé lourd et manquant d'élan à la grande majorité du livre. C'est visiblement un style recherché, puisqu'il le vante lui-même en mettant en scène son auteur :
" Joue-moi Galveston était une fiction de la première à la dernière page, une pure invention ;
j'en ai toutefois composé les scènes avec une précision et une prudence qui, dans l'instant de l'écriture, m'apparaissaient angoissantes mais se sont révélées bénéfiques pour le récit : j'écrivais mieux quand je n’assommais pas le lecteur de sentiments et d'interprétations comme j'en avais l'habitude jusque-là.".
Personnellement, je n'adhère pas. C'est d'autant plus dommage que ça noie un peu certaines descriptions bien écrites dans une masse de détails inintéressants et bien peu poétiques. Un exemple :
" L'idée d'écouter au cours de la soirée Une heure avec... venait de moi. Le concept de cette série d'émissions de radio diffusées pendant l'été reposait sur un entretien entrecoupé de plages musicales pendant soixante minutes, parfois quatre-vingt-dix, avec une personnalité du monde culturel. Le format existait sur P1, l'une des stations du service public suédois, et sur Radio Vega, la station suédophone de la radio-télévision publique finlandaise. Il était possible de les télécharger en podcast juste après la diffusion et j'avais pour habitude d'en écouter une par soir."


Côté "intrigue" on a droit à une petite introduction façon thriller comme prétexte aux souvenirs, dont on ne verra réémerger le thème qu'en fin de roman. Au début comme à la fin, j'ai trouvé cet élément raté, un peu convenu, peu crédible, sans âme et sans rythme. On a ensuite un récit de l'enfance du héros et de son amitié absolue avec un enfant de la haute société dans leur manoir. Le récit se teinte de touches nostalgiques sans tabou. Ici, la petite sœur fait office au mieux de figurante. Le récit bascule ensuite sur l'histoire d'amour avec elle, et là c'est au tour de la plupart des autres éléments de faire office de décor pour une histoire bien montée, avec des sentiments globalement plus réalistes et lucides que romanesque, et une vision de l'amour plus réfléchie et remise en question que ce que l'on voit bien trop souvent. Cet élément persiste dans la (très) longue suite du roman, racontant la vie et l'évolution (la stagnation ?) sentimentale du héros. Là, le récit se perd un peu en tout et rien. On suit vaguement le devenir des différents personnages sans s'y attacher et les bons points sont noyés. C'est dommage, parce que la vision de la maturité en tant que célibataire endurci, la vision des amours libres à moitié assumées seulement, la vision de la famille à travers le temps sont des thèmes traités avec originalité pour le monde littéraire. On sort un peu (encore qu’avec une analyse étonnamment timide sur certains sujets, mais c'est moi) des schémas de genre ou maritaux classiques sans en faire des tonnes ou être volontairement original et ça c'est chouette. Avec un raté sur la bisexualité quand même, trop mise en scène et qui cette fois n'évite pas le cliché. La capitalisme avec le profit à tout prix est plus ou moins dénoncé, mais c'est d'avantage un vague décor qu'un thème réellement abordé. Tant mieux, parce que le traitement n'en est pas bien profond, comme celui du terrorisme qui en plus tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.


En bref, un avis en demie-teinte mais surtout : Quel dommage !

Ma note : 2/5

D'autres citations :

[...] et si elle [la relation] ne nous avait pas donné ce que d'aucuns prennent pour des symboles d'amour (le mariage, un foyer et des enfants en commun), elle nous avait offert des moments de bonheur, une bonne quantité de malheurs et, enfin, un amour qui avait tenu au fil du temps, même s'il prenait désormais la forme d'une amitié.


- Je suis un homme, ai-je tenté de plaisanter. Je ne peux pas être une traînée. Tu peux me traiter d'obsédé sexuel autant que tu veux. De mari infidèle d'une certaine manière. de pervers polymorphe à l'extrême limite. Mais pas de traînée.
- Epargne-moi tes conneries, tu veux ? Tu es une traînée comme on n'en fait pas, point à la ligne.


L'enfance est parait-t'il une période marquée par l'innocence ; lorsqu'on sort de l'une, on perd l'autre. Mais certains connaissent une enfance peuplée de ténèbres et de sentiments contradictoires, elle n'est pas une période innocente pour tout le monde.
Quand j'étais petit, je n'étais pas sûr des sentiments que j'éprouvais pour papa et maman. Ils étaient certes de bons parents, qui faisaient leur possible pour moi ; mais ils étaient fondamentalement différents, non seulement l'un et l'autre mais aussi de moi - une différence encore plus marquée au sein du reste de ma famille. Je me sentais étranger auprès des miens. Or, dans le même temps, j'étais incapable de leur expliquer qui j'étais. En conséquence, je me sentais seul.

mercredi 10 mai 2017

La petite romancière, la star et l'assassin de Caroline Solé



Résumé éditeur :

Cheyenne, quinze ans, passe ses journées enfermée dans sa chambre à épier sa célèbre voisine : une jeune star de cinéma. Sa vie bascule lorsqu’un enfant disparaît et que la police mène l’enquête…

La petite romancière, la star et l’assassin est le récit de trois interrogatoires. Trois destins croisés : une adolescente farouche qui s’interroge sur le sens de l’existence, un marginal au comportement suspect et une actrice précoce qui révèle les coulisses de sa célébrité.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur, Albin Michel et sur Babelio.

Ma critique :

La petite romancière, la star et l'assassin est un court roman jeunesse qui commence comme un polar mais continue plutôt sur l'analyse introspective et respectives des trois personnages mentionnés dans le titre.

Le récit évolue presque en huit clos, autour du personnage de Cheyenne, dépressive et solitaire. Le côté morbide sans être violente est très bien décrit, bien que plutôt en surface quand même. L'aspect romancière n'est pas à prendre au sens trop littéral, et réserve finalement quelques surprise et subtilités, et ce n'est pas le seul.

Le cœur du roman est dans la place que peuvent se permettre de prendre nos trois personnages marginaux, chacun à sa manière, et sur la possibilité de liens différents. Des thèmes assez classiques pour ce genre de littérature, abordés ici avec une noirceur qui ne se pare pas - ou très peu - de bons sentiments. J'ai particulièrement apprécié le rôle des parents dans ce livre : intransigeant, il nous les montre plein de fautes et de manière brute, sans le sempiternel refrain pour nous rappeler qu'ils nous aiment et font toujours de leur mieux. Ici, ils sont également accaparés par leur propres désirs, sans grande scène sentimentale finale.

De bon point donc, mais un récit peu accrocheur. S'il y a plusieurs mystères qui se lèvent petit à petit pour nous dévoilé des personnages réalistes (j'ai été nettement moins convaincu par l'assassin qui pour le coup semble sorti d'un roman), le fil rouge de la soit-disant enquête policière ne fait que peu illusion.

Pour ce qui est du mode de récit, il est assez original : c'est la voix des personnages que l'on entend, dans un mélange peu défini de confession ou d'introspection. Le style est intéressant, pas tout à fait agréable mais par moment délicieusement dérangeant (surtout dans la première partie).

Au final, un roman étrange et plutôt fascinant, sans tabous (enfin, l'idée sexualité est complètement absente du récit mais ça ne semble pas artificiel) présentant de manière brute quelques représentations de soi et des autres.

Ma note : 3/5 - mais un point supplémentaire pour l'originalité du ton !

vendredi 3 mars 2017

Lyon des cendres, tome 1: Le Serment du corbeau de H. Laymore


Description éditeur :

1793, La France vit sous le règne de la Terreur. Dans la ville occupée de Lyon, un hussard affecté aux Affaires occultes enquête sur la disparition mystérieuse d’un frère d’armes. Au cours de ses investigations, il va devoir affronter des représentants de sectes étranges, des politiciens ambitieux, des bohémiens, il devra explorer des souterrains baignés de secrets anciens, il croisera une espionne italienne, une chanteuse, des chats, des corbeaux, des morts, des vivants… et des cendres.
Si la grande histoire vous passionne, si en plus celle-ci est savamment teintée de fantastique et de mysticisme, alors le premier tome de cette saga inédite est pour vous.
H. Laymore, en s’appuyant sur des faits et des lieux historiques précis, renouvelle à sa façon le roman d’aventure pour notre plus grand plaisir.


Ma critique :

Ce roman aurait pu être génial. Il mélange historique et fantastique de manière assez bluffante. Différents types et niveau de magie s'agitent dans une ambiance révolutionnaire, il y a de l'intrigue, du mystère, de l'aventure, du réalisme et de l'extravagant. L’imaginaire est très riche, imagé, varié et original. La fantastique tient par moment un peu de l'horreur, souvent de l'inquiétant et se marie très bien aux troubles de l'époques. L'historique est bien renseigné, et les scènes et lieux bien choisis pour nous en faire ressentir différentes facettes.

Mais, il y a un gros problème de style. 

Au début c'est super, les scènes présentées sont fortes en détail évocateurs, on se retrouve plongé dans une ambiance particulière. Et après... et bien pareil, en fait. Les scènes d'expositions se succèdent, chaque fois qu'un nouveau lieu, un nouveau personnage, une nouvelle idée ou juste une nouvelle scène à lieu on a des longs paragraphes introductifs fort en superlatifs. Et comme le roman se compose surtout d'une succession de scénettes variées (aspect que j'ai pas ailleurs beaucoup apprécié), c'est tout le temps. Tous les personnages, même n'apparaissant que ponctuellement, ont un nom, un prénom, un passé, un métier, souvent un surnom, et sont désigné par un de ces termes de manière arbitraire à chaque phrase (y compris par les autres personnages), ce qui est assez gratuitement confus. Et malgré cela, on n'évite pas les répétitions, avec certains termes peu usités très souvent repris. Il y a une sorte de démonstration de "grands mots qui font classe" qui finit par nuire au rythme et induit des lourdeurs. Clairement, des passages du livre aurait dû être allégés, pour être à la fois moins long, plus clairs et moins uniformément fleuris. Le tout est donc loin d'être facile à lire, on doit reprendre des phrases pour comprendre de qui on parle. 

Et ce n'est pas aidé par le fait que le livre soit très mal relu, s'il a été relu. Il y a de nombreuses fautes qui gêne la fluidité de la lecture (et pourtant je suis loin d'y être la plus sensible) : un "s'il" à la place d'un si, de nombreuses virgules en trop,  des petits mots manquant, quelques erreurs de terminaisons...

Il y a aussi quelques autres défauts : les dialogues sonnent très peu naturels et contiennent des répliques vides d’intérêt, les personnages féminins sont tous identiques (elle sont toutes exceptionnelles, rebelles au mœurs de l'époque, ninja, avec de jolies formes, félines dans leur mouvement, des yeux qui ne laissent pas indifférent,... au bout de la cinquième, ça devient usant, surtout quand on en a jamais vu sur d'autres modèles et que ça joue autant dans les clichés du genre). 

C'est vraiment dommage, parce que le fond est réellement bon, et mieux maîtrisé (et avec l'aide d'un éditeur...) le style aurait pu être super lui aussi, on sent que ce n'est pas un manque de talent de l'auteur (bon sauf peut-être pour les dialogues).

Au final j'ai eu l'impression de lire un super premier jet d'un bon roman, où l'auteur s'est un peu emballé dans les détails inutiles. et où l'éditeur n'a pas joué son rôle jusqu'au bout. 

Je tiens quand même à remercier babelio et l'éditeur, grâce à qui j'ai reçu ce livre pour Masse Critique. Et en profiter pour signaler au passage que si je râle autant, c'est parce que j'aurais voulu adorer ce livre, , que je suis ravie d'avoir découvert.

dimanche 22 janvier 2017

Good Morning, Midnight de Lily Brooks-Dalton


Résumé éditeur

« Ainsi prend fin le monde, non dans une explosion, mais dans un murmure. » T. S. Eliot

Augustin, un brillant astronome, est en mission dans l'Arctique lorsque sa base est évacuée. Alors que les militaires rapatrient ses collègues, il refuse de quitter l'Observatoire. Quel que soit le danger, il veut finir ses jours ici, les yeux dans les étoiles. La rencontre avec une fillette de huit ans change ses plans : il doit reprendre contact avec le monde pour qu'elle soit sauvée. Mais toutes ses tentatives restent sans réponse...
Alors qu'une jeune astronaute, Sully, quitte Jupiter pour regagner la Terre avec son équipage, elle perd tout contact avec Houston. Augustin capte son appel. Au fil des échanges, ils vont se découvrir et se rapprocher, malgré l'immense vide qui les sépare. Ensemble, ils affrontent leurs peurs et leur solitude, réfléchissent sur leurs choix passés et affrontent le futur qui les attend.



Avant-première 

Ce livre sort le 26 janvier (en traduction française, il est sorti depuis quelques mois aux États-Unis), il m'a été offert par les Presses de la Cité via une opération Babelio, merci à eux ! C'est le premier roman de son auteur, donc une vraie première que j'étais impatiente de lire ! 

Mon petit résumé :

Un vieux chercheur est resté seul dans un centre d'astronomie dans la toundra. Marginal, il ne s'est toujours intéressé qu'aux étoiles et à la gloire. Une étrange et discrète jeune compagne se trouve là, et ils cohabitent à leur manière. En parallèle, on suit également une astronaute dans une petite équipe de retour de Jupiter. Dans les deux cas, ils ont perdus tout moyen de contacté le reste de l'humanité : plus personne ne répond aux messages envoyés. Comment vont-ils réagir et se reconstruire dans cette solitude ?

Ma critique : 

Ce court roman est une très belle découverte !
J'ai été envoûtée par le début du livre : l'ambiance est très particulière, les personnages réellement originaux et la plume belle. Le roman évolue vers de plus en plus de sentimentalisme, de belle manière mais qui manque peut-être un peu de subtilité par moment. 

Si le thème est décidément SF, l'ambiance ne l'est pas du tout. Le côté épique de la conquête spatial n'est que peu voir pas évoqué si ce n'est dans les aspirations des astronautes, l’événement étrange qui semble s'être emparé de la Terre reste en marge du récit et n'a d’intérêt que pour ce qu'il provoque pour nos personnages. J'ai beaucoup aimé cet aspect entièrement constitué sur une ambiance originale, qui n'a pas peur de choisir des personnages hors du commun. 

Car le récit est vraiment centré autour de nos personnages. Si on en apprend plus sur leur vie et sur leurs réactions, l'essentiel est dans leur introspection face à la solitude. Oui, ça peut paraître chiant comme ça, mais absolument pas ! La belle plume de l'auteur (et de la traductrice) rend la lecture particulièrement agréable. Et l’aspect mystère contribue à donner envie de lire la suite.  Ce pourrait-être un n-ième roman introspectif sur pourquoi je n'en ai pas fait assez pour réussir ma vie et le revirement de la quarantaine (enfin, à des âge différents pour nos deux héros) mais en choisissant des personnages franchement différents, qui assument leurs choix et ont globalement choisi cette vie animée par la science plutôt que par la famille, l'auteur apporte quelque chose de neuf. 

Malheureusement la situation ne reste pas ainsi, et avec le temps les deux s'attendrissent. Ce qui est plutôt bien fait un temps, et avec beaucoup de poésie. Mais le trait est trop forcé, le revirement trop profond (presque au point d'en oublier l'essence des personnages) et quelques (rares, tant mieux) scènes franchement niaise. 

Leur passé familial finit par être central et parfois avec lourdeur et répétition. 

Au sein du vaisseau spatial, si on se concentre sur un personnage principal, elle ne vit pas seule et chaque membre de l'équipage à sa propre personnalité. Pour ma part, je les ai trouvé un peu trop stéréotypés, donnant à certaines scènes une ambiance un peu chick-lit qui ne m'a pas convaincue (la plus jeune des astronaute tellement sensible qui veut des câlins, le flirt avec le capitaine ferme mais tellement humain, le collègue irascible qui ne sourit qu'avec sa famille...) ce qui rend en plus le personnage principal un peu trop "parfait", ou en tout cas comme tout le monde plutôt qu'aussi marginale qu'on nous l'a initialement présentée. Dommage, parce que sinon l'ambiance de la navette est particulièrement bien décrite. 

Le vieux qui vit dans son monde -intérieur comme extérieur, est plus touchant, même si là aussi on finit par glisser vers trop de sentimentalisme. 

La plume finit également par ce faire répétitive : les mêmes thèmes sont répétés, le même vocable réutilisé. L'évolution des personnages dans des situations similaires est mis en exergue de ce fait, ce qui est plutôt réussit, mais ça l'aurait été d'avantage si leurs évolutions auraient été plus discrètes. 

J'aurais aimé un revirement moins total, un peu plus de nuances, une meilleure continuité sur les thèmes spatiaux. Ça ne gâche pas cette belle histoire, la rendant juste un peu gentillette. 

Il n'empêche que c'est un excellent livre. C'est peut-être pour ça que je suis aussi dure avec une deuxième partie du roman : j'en attendait beaucoup, ayant été complètement transportée par la première. Ce n'est *qu'un* beau roman, là où, après une petite centaine de pages, je m'attendait à un énorme coup de cœur.

Ma note : 4/5


lundi 7 novembre 2016

L'histoire du géant d'Anne Herbauts



Descriptif éditeur :

Que je vous conte l'histoire, l'épopée du Géant !
Si vous voulez l'entendre, ce que l'on dit de lui, ce qui parvint des halliers.
Elle est si vraie, l'histoire du Géant Tombé, que la forêt garde encore dans ses troncs et ses branches la plainte-mélopée.
Qui sait l'entendre, cette parabole du Colosse éconduit, a connu l'amour et le chagrin. A dansé par-dessus les feux une nuit de Saint-Jean, a pleuré des larmes de plaisir, d'allégresse, de détresse. A mordu le suc sucré et amer des amants.
Mais que je vous conte l'histoire, plutôt !
Elle est fort belle. Ecoutez donc ! Oyez ! L'épopée du Géant... D'emblée le ton est donné, il s'agit bien d'une épopée à la langue riche et soignée qui emmène les petits et les grands au fond de la forêt à la recherche d'un être gigantesque.
Tout le monde en parle, tout le monde sait qu'il est là, mais personne ne l'a jamais vraiment vu...
Asseyez-vous, écoutez, laissez-vous bercer par le rythme des mots et entrez dans cette forêt-personnage qui enveloppe tout. Le texte d'Anne Herbauts coule comme une plainte et ses peintures à l'huile envahissent les pages. Le livre progresse du noir au doré et le conte, à la fois poétique, lumineux et grandiose, nous dit qu'il est possible de tomber d'amour et de se relever dans la lumière, plus grand, peut-être, heureux, sûrement.

La fiche du livre sur Babelio et sur le site de l'éditeur (esperluète).

Contexte :

J'ai reçu ce livre pour l'opération Masse Critique jeunesse, merci à Babelio et aux éditions esperluète ! Ce n'est peut-être pas un coup de cœur mais je suis contente d'avoir pu le découvrir.

Ma critique :

C'est un album étrange.
Le rythme est assez prenant, nous guide au travers d'un cycle de vie. Les illustrations - souvent à la limites de l'abstraits participe à l'univers poétique "informe" qui décrit presque uniquement une ambiance.

Car l'histoire est à peine ébauchée. Si j'ai bien compris - ce dont je ne suis pas sûre - elle est finalement très simple. Du coup j'ai trouvé le titre et le résumé trompeur.

Côté style je n'ai pas vraiment adhérer. On est dans la débauche de vocabulaire et de tournures alambiquées. Par moment - surtout au début - j'ai trouvé ça assez gratuitement grandiloquent et vantard, trop riche et pas toujours de manière si pertinente. Çà se calme ensuite, même si le tout me laisse une impression globale de m'as-tu-vu, j'ai parfois eu l'impression que l'auteur cherchait à étalé son érudition et son génie plutôt qu'à réaliser une oeuvre lisible et belle. C'est un peu dommage parce que le rythme derrière tout ça est bon, comme l'ambiance, mais j'ai eu l'impression de devoir me battre contre le verbe.

Contrairement à ce que je croyais, je n'ai pas du tout eu l'impression de lire un livre jeunesse. Il est effectivement difficilement abordable, plutôt lourd, et demande beaucoup de vocabulaire. C'est plutôt une longue poésie un peu romancée et illustrée.

Côté thème, on est dans la forêt la vie rurale d'antan, la vie, la mort, les arbres, l'élan de la vie tantôt flamboyante tantôt assourdie.

En bref, le ton étrange et envoûtante crée avec les illustrations une ambiance prenante, l'histoire n'existe que par ébauche, le style est assez surchargé et à mon goût indigeste.




samedi 20 août 2016

Beckomberga - Ode à ma famille de Sara Striberg

Résumé éditeur : 

En 1995, Beckomberga ferme ses portes. Ouvert en 1932 dans la campagne près de Stockholm, il devait être «une nouvelle sorte d’hôpital psychiatrique, un nouveau monde où personne ne serait laissé pour compte, où l’ordre et le souci de l’autre seraient de mise», où les fous allaient «enfin être libérés et sortir dans la lumière».
Beckomberga a marqué l’adolescence de Jackie, l’héroïne de ce roman : c’est là qu’elle a rendu de nombreuses visites à son père, Jim, au «château des Toqués». En dépit de son amour pour Lone, la mère de Jackie, en dépit de l’existence même de Jackie, cet homme n’a cessé d’affirmer son mal de vivre.
Beckomberga : Ode à ma famille est le roman d’un amour passionné, celui d’une jeune femme pour son père, personnage chancelant mais charismatique, et celui qu’elle éprouvera pour son propre fils, Marion, dont l’apparition constituera un rempart contre la folie familiale.
Sara Stridsberg retrace deux odyssées palpitantes : celle du rêve qu’a incarné Beckomberga et celle d’une famille, somme toute ordinaire, qui s’aime, se déchire, se retrouve.
L’auteure, qui va et vient dans le temps, bâtit une narration magnétique, faite d’éclats de voix : celle de Jackie, de ses souvenirs, de ses rencontres, mais aussi de documents d’archives. Avec une tendresse infinie pour ses personnages, Sara Stridsberg livre ici un grand roman sur la folie, dans une langue sublime.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur (Gallimard), et sur Babelio.





Ma critique : 

Bekomberga est un livre étrange, à l'ambiance onirique. Il ne s'agit pas, comme je le croyais originellement d'une saga familiale historique mais plutôt effectivement d'une Ode à un certain type de folie.

Le livre se compose de nombreuses scènettes, mettant en scènes quelques personnage dans un petit environnement - en général l'hôpital psychiatrique de Bekomberga mais aussi les autres lieux des vie de Jackie et de son père. L'ordre n'est pas chronologique, ni thématique. Les différentes scènes s'enchevêtre pour peu à peu prendre de leur substance. Il y donc assez peu de récit, d'histoires, mais si quelques fils se dessinent. (À une ou deux exceptions près tout de même, ou le livre nous présente une histoire cohérente suivie et peu délayée dans d'autres scènes).
Le style est dans cette même optique : il y a quelques circonvolutions, les phrases qui font sens pour le déroulement de l'action se perdent au milieu de description de paysages terriblement vivantes : comme dans un rêve ou un cauchemar les arbres, l'air, les bâtiments semblent étrangement vivants, comme animés de sentiments ou tout simplement d'existence.

C'est là la grosse particularité et le gros point fort de se livre, l'ambiance. Rêves et réalité se mélangent, faits et pensées, imagination et souvenir, choix et fatalité. Tout est flou, la narratrice passe dans sa vie comme dans un rêve, on se détache de la réalité, on s'abstrait des justifications. C'est particulier et particulièrement réussi. On a donc un roman déstabilisant. Ce n'est pas facile à lire, malgré les chapitres très courts et les nombreuses pages blanches - qui aident d'ailleurs à distiller cette ambiance. On se trouve souvent dans le brouillard, il nous faut un moment pour sortir de sa léthargie, se frotter les yeux et réaliser de quoi on parle, là, maintenant.

Tous les personnages sont fous, mais tous ne sont pas malade. La vie leur glisse dessus sans qu'ils arrivent à y trouver de prises, il continue d'exister sans un moteur de motivation. Ce sont des personnes plus que des personnages. De même, la morale brille par son absence : on ne parle ni de bonne ni de mauvaise mère, par exemple, ni de tord ou de remords. Les choses sont, sans être jugées. Même la lecture, pour une fois !, n'y apparait pas comme un loisir spécialement reluisant. On est plus dans les tempéraments que dans les actions et les choix.

C'est un roman plein de sentiments, mais sans transports. Les débordements des personnages suicidaires pleins de vie sont vue avec du recul, et font presque partie du décor. Décor extrêmement vivant comme je l'ai dit. Les sentiments existants ou questionnés ne sont ni beau ni laid. Il transparaissent peu à peu, souvent malgré leurs personnages et se fondent dans la vision détachée et perdues, mais terriblement accrochée à de petites choses de la narratrice.

Je me répète, oui, car ce roman à vraiment cette "âme" très forte et prenante. Calme et ténébreuse, sans être maléfique ou dangereuse. Lumières et ténèbres y sont d'ailleurs des thèmes forts, privés d'aspects religieux.

Et à part ça ? Et bien... pas grand chose en fait. On apprend certes quelques éléments sur Bekomberga, sur la situation humaines de ces malades internés. Les périodes suivies sont finalement assez courtes, même si elle semblent ne jamais se terminer, et l'on aura que de toutes petites esquisses sur d'autres temps. Mais ça reste en marge - tout le roman est en marge de quelque chose - et après la lecture il me reste finalement peu à en dire.

En bref, un roman empli d'un spleen adolescent et adulte, qui nous emporte dans son univers particulier.

Ma note : 4/5

Critique publiée sur Babelio

Et merci et beaucoup à l'éditeur et à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce livre, en avant première en plus !


mercredi 22 juin 2016

Mes Pénélopes de Carol Vanni et Véronique Decoster

Descriptif éditeur : 

Je m’appelle Pénélope. J’ai 8 ans. Je compte les arbres
le long de la route en voiture. C’est papa qui conduit.
Je les compte comme si je les coupais. Une scie dans les
yeux. Une scie silencieuse. La route est longue même en
regardant par la fenêtre. Je ne pose pas la question des
enfants en voiture, j’attends. J’abats les arbres.


Dans ce récit mosaïque, chaque Pénélope égrène un moment de vie. 
Elles disent je et déclinent leur âge. Elles sont femmes pour la
plupart, mais pas toujours, elles sont ce qui nous rattache à la vie :
les temps simples, les joies intenses, les peines, les doutes, les
changements de cap…
Ces moments, Carol Vanni nous les livre dans une langue issue
de son expérience de l’oralité et du mouvement. Le long polissement
de ce texte, induit par une attention particulière au temps et à
l’attente, offre une simplicité de façade qui touche au cœur.
Véronique Decoster lui répond en puisant dans une série comprenant
une centaine de peintures, intitulée intervalle, où elle rassemble
des images quotidiennes sorties de son album de famille ou de celui
de tout un chacun.

La fiche du livre sur le site de l'éditeur ou sur Babelio


Ma critique : 

Mes Pénélopes est un petit livre tout à fait étonnant, ou en tout cas très différent de ce que j'ai l'habitude de lire.
On se situe entre un recueil de mini nouvelles, une grande nouvelle et de la poésie.
Des textes très courts, tous basés sur l'idée d'attente, se succèdent, entrecoupés de peintures en noir et blanc et à quelques reprise d'une sorte de fil de pensées ininterrompu de l'auteur.

Tous les petits textes sont sur le même format : On commence par "Je m'appelle Pénélope et j'ai x ans" suivi d'un instant d'immobilité saisi sur le vif. Si, si. Un toute petite tranche de vie, vu par la lucarne de la raison de l'attente et la pensée là tout de suite, à peine contextualisé par un âge. Les personnages - et les situations sont nombreux et variés, souvent surprenants. Les tons alternent, l'attente n'est pas forcément pesante, ne s'accompagne pas toujours d'impatience, est parfois heureuse et parfois dramatique. On rentre très vite dans la pensée du personnage, en quelques mots à peine, et ça c'est très fort. Bon, à de très rares occasions ça marche tout de même un peu moins bien, mais ça s'efface devant l'impression d'ensemble.

Les photo de peinture m'ont au début laissée froide. Bon, je ne suis clairement pas experte en art visuels du coup au premier abord elles m'ont parues assez quelconques, froides et figées. En progressant dans le récit (car, oui, il y a une sorte de récit) j'ai cependant trouvé qu'elles répondaient très bien au texte, accentuant l'ambiance d'immobilisme. Je ne suis malheureusement absolument pas capable de décrire leur style, mais on y voit des portraits ou des détails de personnes, principalement.
Les passages "autres" m'ont par contre nettement moins convaincue. Suites de mots/phrase sans majuscule, avec un sens qui m'a souvent échappé, alignement d'idées en vrac... J'ai eu l'impression que l'auteur laissé courir ses mots et ses pensées dans un flot ininterrompu. C'est peut-être un processus de création fructueux mais ça m'a semblé assez indigeste à lire. Ça tranche énormément avec le reste, et ça m'a un peu fait sortir de l'ambiance, pour moi le gros point fort de se livre. J'ai vu ça comme une façon pour l'auteur de se mettre en avant ce que j'ai trouvé désagréable. (Il y a par ailleurs d'autres mises en abîmes dans le livre que j'ai trouvé plus réussi - même si ce ne sont pas les meilleurs "chapitres"). Bon, ces passages restent assez anecdotiques pour ne pas vraiment gâcher mon plaisir.

Tout ça et je n'ai pas encore dit l'essentiel : j'ai dévoré ce livre ! Une fois commencé, j'ai été prise dedans avec fascination. Pas possible de décoller avant la fin. Je m'était dit que j'allais le commencer en attendant mon compagnon une quinzaine de minutes, et pas moyen de le lâcher avant la fin (bon, ok ça se lit en à peine plus d'une heure, en savourant), ou de le mettre de côté le temps de discuter de ce qu'on allait faire quand. J'ai été totalement absorbée par ce petit monde, par son ambiance et aussi je voulait savoir la suite. Car certaines choses se tissent, on découvrent plusieurs pans d'une même histoire peut-être, ou d'une réalités qui fait sens, ou de plusieurs. Je ne l'ai pas pris comme un livre à décortiquer, où il fallait absolument tout comprendre et recoller mais comme un livre qui m'a emporté, un peu malgré moi, et qui m'a fait faire un beau voyage, dans une bulle d'attente, mais surtout de patience et de sérénité, parfois au travers de personnages impatients.
Et pour sûr, ça va contribuer à élargir mes horizons littéraires.

Pour tout ça, un gros merci à Babelio et aux éditions esperluète pour cette belle découverte via l'opération Masse Critique.

Ma note : 4/5

Critique publiée sur Babelio

mercredi 27 avril 2016

La légende de Momotaro de Paul Echegoyen et Margot Remy-Verdier


Descriptif éditeur :

Dans une rivière de la région d’Okayama, une vieille femme lavait son linge et ses draps.
Voilà qu’un matin, pourtant très ordinaire, portée par le courant farceur de la rivière, une pêche énorme, charnue, rose, douce, hors du commun, vient surgir entre ses deux mains.
Les deux moitiés se séparent enfin sur la table, révélant au lieu du noyau une chose incroyable : un minuscule petit garçon est assis là.
Il se redresse, les époux le regardent, sans voix.

Le livre sur le site de l'éditeur, où vous trouverez une video de présentation et les premières pages à feuilleter.

La fiche du livre sur Babelio

Ma critique :

Si j'avais déjà rapidement entendu parlé de la légende de Momotaro à travers divers mangas, je ne la connaissait pas encore. J'ai donc sauté sur l'occasion lors du dernier Masse Critique, surtout qu'en plus l'album avait l'air chouette. J'ai eu la joie d'être sélectionnée pour ce livre, merci beaucoup à Marmaille et Compagnie et à Babelio !

Il est effectivement très chouettes, avec de belles illustrations pleines pages au style marqué, une histoire qui repose sur des schéma classiques mais avec ses particularité et son ton qui met de bonne humeur.

L'histoire se décompose en trois partie : la naissance de Momotaro et sa vie tranquille avant qu'on lui donne pour mission d'aller vaincre les démons, le voyage jusqu'à l'île où il se trouve des compagnons, et la lutte contre les démons.

La première partie est plutôt longue, en tout cas plus que ce que l'on voit habituellement dans les albums de ce type. Momotaro y est présenté comme un personnage doux et honnête, muni d'une force exceptionnelle mais ne s'en servant que pour travailler sans peine. L'ambiance de petite vie sereine est bien posée, sans compétition ou jalousie. La partie voyage est la plus "classique" avec un schéma qui se répète trois fois et où les compagnons sont vite trouvés. La partie finale est très chouette, sur des tons inquiétants et héroïque, dynamique sans donner dans le "bing bam bang"et tout ne se resoud pas en une page (bon, ok, en trois ou quatre, mais ça ne donne pas l'impression d'une fin abrupte).

L'histoire est racontée en rimes, sur un ton sympathique et plutôt rigolo. C'est un peu moins grandiloquent que les albums pour les plus petits et j'ai trouvé ça très agréable. Des références à la culture spécifiquement japonaise y sont glissé (comme le type de gateaux que Momotaro emporte avec lui), avec un petit lexique pour nous expliquer tout ça. Le texte - pas si court pour un album - se trouve dans des coins des grandes et belles images.

Parce que oui, j'y viens enfin ! Le livre est magnifique ! Les décors fourmillent de détails, les couleurs sont vraiment belles et chaleureuses, les paysages sont sans aucun doute grandioses. Les personnages sont dessinés avec des traits plus simples, ce qui leur donne un côté doux et francs. Les sourires et les expressions des visages, souvent de profils, jouent beaucoup sur l'ambiance du début du récit. On retrouve certains traits que j'associe avec un style japonisant (mais je n'y connais pas grand chose), mais aussi franchement moderne et original.

Chaque paysage - que ce soit la rivière, l'herbe à raz du sol, les falaises, l'île terrifiante ou la forêt - est travailler avec beaucoup de soin et donne de suite une ambiance. On regarde vraiment l'image de toute part avant de juste s'en servir pour porter l'histoire. J'ai particulièrement aimé l'île aux monstres avec ses détails à trouver quand les personnages pas rassurés ont l'impression d'être observés, même si - il faut bien l'avouer - le principe est déjà vu, ça reste extrêmement bien réaliser.

En fin d'album on a même le droit de découvrir comment les illustrations ont été réalisées, avec les étapes successives de plusieurs planches.

Plus globalement, le travail d'édition et de mise en page est également très réussi. 

Tout à fait le genre d'album que les parents aimeront encore plus que les enfants, même si ceux-ci ne devraient pas être en reste devant la belle histoire, bien construite et bien portée. 


mardi 16 février 2016

Les Maquisards de Hemley Boum



Résumé éditeur :

Le nouveau roman de Hemley Boum s’inscrit dans une perspective à la fois historique et romanesque et révèle l’engagement des Bassas dans la lutte pour l’indépendance du Cameroun. Il retrace le combat des indépendantistes à travers la vie de plusieurs personnages liés par la lutte, la souffrance, mais aussi l’amour et l’amitié. La complexité et la richesse des destins individuels en butte à la grande Histoire en font des personnages très attachants. L’auteur réussi le pari d’installer la fiction au coeur de la grande Histoire.

La fiche du livre su Babelio

Ma critique :

Ce livre raconte l'histoire d'une famille pendant la lutte pour l'indépendance du Cameroun.

Personnellement, je ne connaissait rien de cette lutte et pas beaucoup plus du Cameroun. Ca a donc été l'occasion de découvrir plein de choses. Le livre raconte surtout la période avant 1958 (l'indépendance a été obtenue en 1960), et l'ambiance de résistance qui se crée peu à peu. La plupart des évènements "digne des livres d'histoire" (faits, combats, morts, lois et conséquences) n'est que brievement survolé en fin d'ouvrage. J'apprécie particulièrement cette construction qui s'appuie nettement sur le pourquoi et comment, sur l'évolution d'opinion du peuple, sur tous ce qui se passe dans l'ombre ou dans le maquis. Du coup, j'ai dû aller chercher des informations supplémentaire sur internet ensuite pour avoir un tableau un peu plus général : on reste dans le roman, on est pas abreuvé de rappel historiques sans liens avec nos héros et c'est super. Et pas bien dur d'aller se renseigner par ailleurs une fois que l'intéret a été suscité. Et je me suis insurgée en découvrant (petite naïve que je suis) la politique française et internationale là-dedans, et malheureusement c'est pas tout à fait terminé (non, je ne peux pas vous faire de cours ou de discours enflammé sur la françafrique et ces tenants sordides, je viens tout juste d'en lire deux-trois pages wikipedia). Bref, une franche réussite côté historique.

Le côté saga familiale est très important et porte le récit : les liens entre personnages, leurs sentiments leur évolutions, les secrets et drames personnels. J'ai un peu pris peur en ouvrant le livre : la page de garde sert à présenter un arbre généalogique (mais pas que, on y trouve aussi des amis par exemple) aux multiple liens croisés qui semblent digne du pire feuilleton romantique. Je n'avais pas tellement tord : on se perd régulièrement dans les méandres des infidilités trans-générationnelles, et j'ai utilisé le diagramme à plus d'une reprise. On se prend au jeu, on s'attache aux personnages charismatique mais j'ai tout de même trouvé certaines lourdeurs dans la manières dont les liens entres les personnages principaux sont tous décrits comme atypique de manière particulièrement grandiloquente, accompagné de moult effet dramatique. On assiste ainsi à des coups de foudre formidable et à des mariage plats, sans que l'état d'esprit et les attachements des personnages n'évoluent avec le temps.

Cet aspect feuilleton romantique est accetuée par le style des dialogues : tous le monde s'exprime de façon très théatral, on a plein de déclaration solanelle et des discours construit et très précis sur les états d'âme des personnages. Chose que j'ai habituellement en horreur, mais qui, si elle se fait ici remarqué, en reste supportable.

Parce que tout cela est quand même "sauvé" par le fait que l'on est dans une culture bassa et chrétienne, et que ces réactions exacérbées suivies de loin discours permettent de mieux comprendre les personnages et leur environnement. On sent plusieurs influences plus ou moins contradictoire - notamment au niveau des moeurs - et ancrées à différents niveaux du pint de vue individuel et social. On touche du doigt certaines phénomènes anthropologique sans avoir l'impression de lire un coursq sur le sujet.

Le récit n'est pas linéaire. On suit globalement une poignée de personnages autour du maquis, qui à l'évocation de certaines personnes vont partir dans de grands flash-back sur leur histoire familiale. J'aime bien cette construction, même si l'on s'y perd un peu : ils débutent généralement par les souvenirs du personnages pour continuer sur un ton plus extérieur pendant plusieurs pages. La difficulté est que le retour au présent n'est pas toujours indiquée très clairement, j'aurais aimé une mise en page un peu plus claire.

Les personnages sont des héros tragiques avec des personnalités bien trempées et très définies. Je n'en suis habituellement pas fan.

Avec tout ça, on pourrait penser que j'y ai vu un livre plein de défauts. Et pourtant ! Je me suis laissé hapée par le roman, je voulait sans arret savoir la suite, je me suis attachée aux personnages, et, tout simplement, j'ai aimé. Le rythme est bon, et pour moi ça compte pour beaucoup, et l'ambiance est bien présente. J'y ai retrouvé le même genre de plaisir que pour Les pilliers de la terre de Ken Follet : un roman historique épique plein de personnages forts, pas toujours très crédibles, mais terriblement attachants.

Merci à l'éditeur, La cheminante, et à Babelio pour cette belle découverte grace à l'opération Masse critique ! (J'ai décidément la main chanceuse quand je coche des livres au quasi-hasard)
Ma note : 4/5

Critique publiée sur Babelio

mardi 29 décembre 2015

Toujours d'autres montagnes de Alain Darnaud



Descriptif éditeur : 
Roman Contemporain

« Huit secondes. Quand Isabelle est entrée dans la banque, tout était dit.
J'avais finalement réussi à le brandir, ce maudit pistolet. Il était temps. C'était bien beau de vouloir venger d'un coup tous les accordéons fatigués et les mouches assassinées, mais braquer une banque, ça ne s'improvise pas, c'est un métier, et on ne peut pas dire que je me sentais vraiment la vocation...
Et Isabelle a poussé la porte.
Isabelle, son visage mélancolique et mes 17 ans, puis tout de suite derrière elle le petit avion dans la montagne, la première image qui m'est revenue en mémoire, à jamais lié au souvenir d'une lycéenne devenue cette femme raffinée. »

Entre passé et présent, humour et révélations, ce roman est un appel au voyage et au souvenir. Mais le temps efface-t-il toutes les blessures ? Quel est ce secret que cache si bien cette nouvelle Isabelle ? Vingt ans... C'était peut-être trop tôt.
Ou trop tard.



Ma critique :

Le livre se concentre autour de la nostalgie d'un premier amour et de diverses folies plus ou moins douces.

J'ai beaucoup aimé le début du livre avec son ton un peu décalé, entre délire dépressif et tendre nostalgie. Sur des éléments communs, le style réussissait à se démarquer pas mal.

On alterne entre différente époque et différentes trame scénaristique. On verse dans le pathétique avec légèreté. On saute un peu du coq à l'âne pendant que la logique du narrateur se délite dans une sorte de dépression détachée de la réalité. En comparaison, ses souvenirs de lycée s'impose avec précision. Une histoire un peu rocambolesque aux héros paumées s'ancre dans cette ambiance. 

Mais au fur et à mesure du récit on perd un peu de légèreté et surtout on a l'impression de tourner un peu en rond. Le côté depression sans accroche au monde réel et bien raconté mais avec beaucoup de longueurs et parfois des lourdeurs. Le récit évolue graduellement vers des enjeux, des folies et des drames de plus en plus grands, sans être extrèmement convainquant. Il n'y a pas de suspens et pas vraiment de mystères - les révélations qui sont faites ne sont pas surprenantes et peu originales. Bon, c'est surtout un roman psychologique très introspectif donc ce n'est pas vraiment gênant, je ne crois pas que ça ait été le but. 

On s'attache tout de mêmes aux personnages, mais si les répétitions finissent par lasser. C'est dommage, c'est ce style plein de langueur qui faisait le charme des premiers premiers chapitres. 

Sur la fin, j'ai trouvé l'histoire trop rocambolesque et peu crédible, encore une fois c'est bien dommage parce que le début tout aussi rocambolesque avait réussit à être crédible. 

De bons côté donc, avec des sentiments bien évoqués qui m'ont touchés, mais trop délayé et qui peine à trouver une fin aussi convainquante que je l'espèrais. 

Ma note : 3/5

Merci à Babelio et à chemin Vert éditions pour m'avoir offert cet ebook.


lundi 21 décembre 2015

Birthright, tome 1 : Le Retour de Joshua Williamson, Anrei Bressan et Adriano Lucas


Résumé éditeur : 

Lorsqu' Aaron emmène Mikey jouer dans le parc en rentrant de l'école, il ne se doute pas un seul instant qu'en le perdant de vue quelques secondes, sa vie va être bouleversée. Mikey disparu, Aaron, rongé par le remords, sombre dans l'alcool et la famille entière se désintègre. Mais un an plus tard, une sorte de Conan fait irruption dans leur vie et pourrait bien être leur fils perdu, Mikey.

Quand la fantasy fait voler le réalité en éclats !

Fiche Babelio


Ma note : 5/5

Ma critique :

J'ai beaucoup aimé cette BD, qui m'a été offerte par son éditeur via §Babelio et son opération Masse Critique BD : merci !

Ce choix été un pari un peu risqué de ma part : jusque là je n'avais pas encore réussi à accroché à un "comics", bien que j'en ai déjà essayer une bonne poignée (mais je ne suis pas sure d'avoir fini un seul tome). Ici, le résumé me plaisait beaucoup, tout comme l'illustration de couverture, alors j'ai tenté.

Et bien m'en a pris parce que j'ai franchement apprécié. Les dessins sont beaux, avec des couleurs vraiment chouette. Le scenario semble sur certains points assez classique mais est très bien racontée. J'ai appréciée de voir certains rôle un peu échanger par rapport à ce que l'on peut voir ailleurs.

L'histoire avance très vite, il se passe plein de choses dans ce tome et les scènes ou le contexte ne sont pas inutilement rallongé, ce qui est très bien pour une lecture détente. J'ai bien aimé l'alternance présent dans le monde réel/passé dans le monde fantasy. Chaque passage est assez court pour qu'on ne se perdre pas tout en ajoutant chaque fois des éléments qui se réponde bien. il y a du suspens mais pas d'abus sur les scènes en suspens au moment fatidique (mais où tout le monde sait que non le héros ne tombera pas de la falaise pour s'écraser au sol). C'est clairement ce rythme formidablement bien géré qui m'a permi d'accrocher autant.

Les illustrations sont toutes intéressantes, avec des fonds travailler mais sans lourdeur. Le décor pose une ambiance sans ralentir la lecture, tout comme les tenues ou les expressions des personnages. Ca permet de donner pas mal de substance au tout. Et, c'est beau. C'est très coloré sans être flashy (bon, ok, c'est un peu flashy par moment mais pas tout le temps).

Un truc très bête mais que j'apprécie: il n'y a pas de texte introductif en haut des bulles, dans un style qui différerait des dialogue. On reste fluide tout du long et l'image et l'action suffisent à bien comprendre sans se prendre la tête.

L'objet est beau et agréable à manipuler (et il sent bon). Le format comics est en fait assez chouette, avec de grandes illustration mais plus facile à tenir en main que les formats BD classique je trouve. La couverture est bien épaisse et d'une texture agréable. Les chapitres ont de belles pages de garde avec fonds noirs d'un côté et grande illustration sepia de l'autre (apparement divers couverture de sous-tome si j'ai bien compris). Ces même illustration nous sont présentés en couleur en fin d'ouvrage avec leur provenance. Je sais pas si c'est classique, mais c'est très chouette. Aussi, les équivalence entre différentes éditions sont indiquées clairement.

Bon, certains rebondissement reste un peu grandiloquents ou attendus, les personnages sont caricaturaux et le monde fantastique cherche à faire des créatures étranges mais sans se démarquer des autres mondes imaginaires (pour le moment en tout cas). Ca semble se diriger vers une histoire assez manichéenne. Le tome à lui seul ne constitue pas une histoire tout à fait satisfaisante et appelle une suite à grand cri.

En bref, j'ai aimé, même si la cinquième étoile que je lui met est peut-être un peu liée à ma première découverte d'une oeuvre à mon goût dans cette catégorie. Et maintenant, j'attends la suite.

Critique publiée sur Babelio

mercredi 4 novembre 2015

L'Oeil de Tolmuk de Anaïs La Porte


Descriptif éditeur :

Le voyage avait pourtant bien commencé. Une simple croisière, voilà ce qu’était pour le Vogue-Espérance la traversée jusqu’à Nilgir, le royaume le plus fermé au monde, où chacun, disait-on, pouvait expérimenter la Puissance cachée en lui.
Malheureusement d’étranges forces se déchaînent et Léonie, Line, Owen et Maël, vont devoir affronter la volonté destructrice implacable qui vise l’un d’entre eux et pourrait tous les emporter.
La route est désormais semée d’embûches pour arriver à Nilgir. À travers des mers infestées de pirates, des déserts brûlants aux violentes tornades et des hautes montagnes où vivent, paraît-il, d’étranges hommes volants, les quatre adolescents arriveront-ils à destination ?

Anaïs La Porte, née en 1984, a grandi sur l’île de la Réunion et l’océan de son enfance emplit toujours son imaginaire. Ingénieur de Centrale Nantes, elle travaille actuellement pour un établissement public et l’eau est son quotidien.
Très tôt, elle tombe amoureuse des livres et de la littérature sous toutes ses formes. Elle reçoit plusieurs récompenses pour ses nouvelles.

Encore lycéenne, elle trace les grandes lignes d’une saga, Les Puissances de Nilgir, en se fondant sur cette certitude : nous avons tous en nous une Puissance, un don qui nous rend uniques et qui, cultivé, nous permet de nous épanouir réellement.
C’est ce monde et ses héros qu’elle nous présente aujourd’hui avec L’œil de Tolmuk, premier tome de cette aventure.



Ma critique :

C'est un roman jeunesse des plus plaisant.

On respecte les codes de la fantasy : un groupe de jeunes c'étant retrouvés ensemble malgré leurs différences vont traverser divers régions et rencontrer tout types de personnages pour accomplir leur quête. De multiples obstacles se dressent devant eux, d'où il réchappent au dernier moment. Livrés à eux-même et détenteur d'un secret, il sauront trouver des alliances puissantes mais ephémères.

Mais, au final, les éléments fantastique sont plutôt accessoire, en tout cas il n'est pas fait usage de magie à tout bout de champs et on reste dans une ambiance "humaine". J'ai beaucoup apprécié ce dosage : on reste ainsi connecté à l'histoire sans rappelle constant que c'est complètement impossible, tout en restant dans un univers imaginaire avec de grandes puissances en jeu.

Le style est très agréable, c'est facile à lire sans être plat, lourd ou lassant. Le vocabulaire est riche, et des notes de bas de page nous expliquent les mots les plus techniques (du coup j'ai enfin appris la différence entre roulis, tangage et gîte). Au début, si on les lit tous, cela coupe un peu la lecture mais rapidement il n'y en a qu'un de temps en temps. Il y a un bon équilibre entre récit et dialogue, et le rythme ne s'essouffle à aucun moment. La narration à la troisième personne adopte pour chaque chapitre (de deux à dix pages) le point de vue d'un personnage. Une manière qui marche d'introduire les secrets des personnages : on a ainsi pu détecter la manière étrange de régair ou de formuler certaines de ses pensées d'un personnage, ou des éléments nous sont donnés alors que l'histoire complète viendra plus tard.

C'est aussi ce qui fait son défaut : les grandes révélations ou perturbations sont un peu prévisibles, parce qu'elle ont été bien amené mais aussi parce qu'elle respecte tous les classiques du genre, et que l'oeil avisé aura compris où on voulait en venir.

Là où le roman montre plus d'originalité, c'est dans ces détails : la vie marine est bien racontée, certains traits de personnages classiques sont interprété d'une manière sympa (j'ai beaucoup aimé l'équivalent des pirates "fantôme") et il n'y a aucune lourdeur sur à quel point tel ou tel personnage est vraiment trop fort dans sa spécialité, pour les gentils comme pour les méchants, et qu'il est effectivement des supers pouvoirs ou pas. La dynamique de groupe des jeunes comporte également quelques originalités, mais également des éléments très classiques (on voit un couple venir gros comme le nez au milieu de la figure...)

Ce tome retrace la première partie de l'épopée, a une fin logique, et promet des types d'aventures différentes pour le suivant. Que j'ai bien envie de lire.

Merci à l'éditeur et à Babelio pour m'avoir offert ce livre, à l'occasion de l'opération masse critique, qui permet décidément de belles découvertes.

Ma note : 4/5


lundi 12 octobre 2015

Un été au Kansai de Romain Slocombe


Descriptif éditeur :

« En ces splendides jours d'été, comment imaginer qu'au-delà de l'horizon si bleu et calme, les flots sont souillés d'huile et de sang, les avions piquent et explosent, les corps noircis de mazout dérivent jusqu'aux plages paradisiaques pour y finir rongés par les crabes ?... »

Friedrich Kessler a vingt-quatre ans lorsqu'il débarque au Japon en 1941, nommé à l'ambassade du Reich. Sa carrière de diplomate lui a évité d'être enrôlé dans l'armée. Amateur de jazz et des récits des Mille et Une Nuits, Kessler a voulu partir le plus loin possible? Les femmes s'intéressent à ce rêveur ; que ce soit la robuste Helma, épouse délaissée de l'ambassadeur, ou la jolie Hiltraud que ses collègues surnomment l'«infirmière SS». Mais les combats se rapprochent : Berlin, où vit la soeur de Friedrich, est déjà sous les bombes, Tokyo va brûler à son tour lors des grands raids américains du printemps 1945.

Portrait tragique d'une civilisation menée au désastre par le fanatisme de ses dirigeants, voyage initiatique d'un Occidental épris d'art et de philosophie, Un été au Kansai donne la parole aux vaincus de la Seconde Guerre mondiale, et nous interroge sur la possibilité du bonheur et du progrès dans un monde au bord de l'apocalypse.

Fiche babelio



Contexte de lecture : 

Ce livre m'a été offert par les éditions Arthaud à l'occasion d'une masse critique privélégiée Babelio. Merci à eux !



Ma critique :

Il s'agit d'un roman principalement epistolaire, raconté comme s'il rapportait des lettres d'époque. C'est bien fait et du coup on est vraiment dans l'ambiance.

J'ai trouvé le sujet particulièrement intérressant : les lettres sont écrites par un allemand qui travaille à l'ambassade d'Allemagne au Japon pendant la seconde guerre mondiale, et le livre s'intéresse beaucoup à une sorte de "nazisme modéré" : le personnage n'est pas très politisé, "normalement" antisémite et raciste (pour les circonstances), pour la grandeur et la fiereté de l'Allemagne mais qui trouve Hitler parfois excessif,... En bref, un homme de son temps, ni courageux ni plein de convictions. Le tableau est bien dépeint et me semble assez réaliste. On est en pleine zone grise, ni méchant ni gentil, du moins pour l'époque. C'est une période rarement traitée avec ce poit de vue, sur lequel il y a pourtant fort à dire.

Vu d'aujourd'hui bien sûr les idées du personnage ne sont pas défendable : il lui semble parfaitement normal de considérer les allemands et nordique comme une race supérieur, il fait preuve d'un patriotisme associé à de la grandeur aujourd'hui terriblement surannée et condamnable. Tout est dans la nuance et le laisser-faire : lui en particulier ne fait rien pour tuer les juifs ou entretenir la guerre mais son état d'esprit, centré sur lui-même, partagé par tant de personnes, permet à des atrocité d'exister. Quelques scènes autour de ces idées obsolètes sont très bien trouvées, comme le fait qu'il reproche aux japonais leur racisme anti-blanc sans y voir de contradiction avec sa propre attitude.

Les lettres ne parlent pas que de nazisme, loin de là. Il y a des tranches de vie des ambassadeur à Tokyo, des soupçons liés à la guerre, des excursions dans les montagnes, de l'inquiétude, des relations, et de terribles scènes de villes bombardées. Tout est très bien écrits, très poétique est agréable à lire. Le personnage à une vraie sensibilité ésthétique sur la vie et ce qu'il voit, et le style est bon. A noter que l'on passe dans un style plus terre à terre un peu journalistique pour les rares passages racontés par d'autres personnages.

J'ai donc trouvé ce roman fascinant et beau, tout en étant terrible. J'ai appris pas mal de chose sur la façon de vivre au Japon pendant la seconde guerre mondiale, et sur l'état d'esprit qui pouvait animer certaines personnes. Les scènes de destructions sont mémorables. Et, étonnamet pour son sujet et son format, il est très difficile de lacher le livre et on veut connaître la suite, même en sachant dès le début comment celà doit probablement finir. Une très belle lecture.

Critique publiée sur Babelio

Ma note : 5/5


mardi 11 août 2015

L'ange du Liponard et autres recits de mer de Mario Tobino



Descriptif éditeur : L'ange du Liponard rassemble neuf récits de mer qui romancent, parfois même poétisent, des souvenirs personnels comme des témoignages sur des personnages que Mario Tobino a pu connaître à Viareggio sa ville natale sur la côte méditerranéenne de la Toscane, et dont il s'entend à rendre, dans une langue sobre, aussi bien les faits et gestes que les inquiétudes, les pensées, les rêves qui travaillent l'esprit de ces marins.

Fiche babelio




Ma critique : Ce livre est magnifique. Les textes sont très bien écrits et traduits, très poétiques et c'est là le grand intéret de ce recueil. 

Le thèmes principal est la mer et la vie de marin, en Italie et en Méditérrannée, au moment de la fin des voiliers de commerce. Autour de cela plusieurs sujets sont évoqués : la séduction, le calme plat, le naufrages, la camaraderies, la jalousie, et d'autres. 

L'ange du Liponard est une nouvelle d'une cinquantaine de pages, les autres sont très courtes (une dizaine de pages), pour un tout d'environ 150 pages bien aérées. Si le thème général reste le même, les histoires et ambiances varient beaucoup. les ambiances sont très bien posées, porté par un style que j'ai trouvé magnifique. 

Le rythme et le choix des mots permettent en effet de ressentir l'habitude ou la détresse, la léthargie lors d'un calme plat ou la frénésie paranoïaque de la jalousie (d'ailleurs, j'ai moins aimé la nouvelle sur ce ton, pour lequel j'ai trouvé le style moins beau). On admire les personnage et les histoires comme on admirerait un paysage. Le texte reste plutôt accessible, pas aussi facile à lire que du policier best seller mais plus simple que pas mal de classiques.

Je me suis parfaitement laissé prendre dans l'univers de la marine. Pas besoin d'être déjà fan de la mer pour apprécié et comprendre : les quelques termes maritimes spécifiques sont exdpliqués par des notes de bas de pages.

Si vous n'aimez que les histoires pleines de suspense et de rebondissements, passez votre chemin. Sinon, n'hésitez pas à vous laissez tenté par ce petit livre qui m'a laissé sous le charme et m'a donné envie de lire d'autres oeuvrent de l'auteur, et plus génralement de la poésie ou des textes poétiques. (Mais je ne crois pas qu'il s'agisse ici de poésie, c'est en tout cas assez peu métaphorique). 

Un grand merci donc à babelio et à la découvrance pour m'avoir fait gagné ce recueil pour l'opération Masse Critique. Ce n'est pas ce à quoi je m'attendais, j'étais dans une phase lectures faciles et prenante et je suis ravie d'avoir mis la main là-dessus presque par hasard à ce moment là, ça m'a relancée vers de nouveaux horizons !